Faut-il parler de la guerre en Ukraine aux enfants ?

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L’actualité est difficile, c’est le moins que l’on peut dire. Elle nous impacte et nous préoccupe, même si chacun d’entre nous est plus ou moins affecté, en fonction de son histoire, de son caractère… Alors vous vous doutez sûrement que nos enfants le sentent, non ?

Si vous êtes passé à côté du désormais célèbre « les enfants sont des éponges » initialement théorisé par Maria Montessori comme étant des esprits absorbants (pour les plus jeunes) puis comprenant (pour les plus grands), vous n’avez peut-être pas pensé à parler des événements avec eux. Mais si vous tenez bien la notion, vous vous interrogez peut-être sur le fait d’aborder des notions aussi difficiles avec les enfants… Et comment.

Je vais tenter de vous aider en vous donnant des pistes pragmatiques.

Déjà, parlons des âges de nos chères têtes blondes (brunes, rousses…).

On ne va pas parler à un tout-petit des événements internationaux, bien évidemment.

On a beau penser que le langage est en place dans le cerveau des bébés dès la naissance, la notion d’Ukraine ou d’invasion n’est peut-être pas la plus adaptée… Mais ils sentent toutefois notre préoccupation ou notre agacement ou notre stress. D’ailleurs, la première phase est peut-être de se demander ce que l’on ressent, nous, exactement…
Une simple préoccupation ?
Ok, on ne dit rien, la question est réglée.
Une inquiétude, du stress, de la peur, de l’indignation ?
Alors, on verbalise. Parce que notre bébé étant en prise directe sur notre état émotionnel, il FAUT absolument lui dire que nous ne sommes pas bien et que ce n’est pas lié à lui. Et que nous sommes là pour lui, que nous l’aimons. Que nous sommes juste inquiet / stressé / indigné par quelque chose qui se passe très loin et qui nous embête. Que c’est pour ça que l’on est moins disponible ou patient.
Et tenter de se reconnecter à lui quand on interagit avec lui, en regardant ses petites fossettes et en s’empêchant de penser à d’autres enfants, plus loin, moins chanceux. Stop. Retour aux petites fossettes qui sont sous nos yeux. Câlins. Bisous. Histoire (la même que d’habitude, avec les mêmes intonations).

Notre enfant parle, va à l’école, a des copains plus grands… Bref, il a trois, quatre, cinq ans.

Parler de la guerre à un enfant de 4 ans

Même procédé que plus haut, avec en plus une question très importante : que sait-il ? A-t-il entendu des informations à la radio ? A la TV ? Des conversations entre adultes ?
Non, bien entendu.
Enfin… faut voir.
Pas si sûr, finalement.
Parce qu’hier matin, la radio était sur une chaîne info.
Ou que chez la nounou / avec la maîtresse / en croisant le voisin / au téléphone avec votre mère / autre / il y a eu des phrases d’échangées sur l’avancée de l’armée russe et la guerre en Europe, événement incroyable qu’on pensait ne jamais vivre.

Hum… peut-être que certains de ces mots mériteraient d’être expliqués ? Commentés et repris dans le contexte, dédramatisés ?
Vous pouvez lui demander ce qu’il pense avoir compris.
Et, sans lui mentir (qui est l’un des grands principes de l’approche Montessori), lui expliquer que des événements graves se passent dans un pays proche. Et que c’est pour cela que tout le monde en parle, que l’on est inquiet. Mais qu’il n’est pas menacé, que rien ne va changer dans son quotidien. Que vous êtes là pour vous occuper de lui. Qu’il va peut-être entendre beaucoup de choses et qu’il ne faut pas s’affoler, parce que souvent les gens racontent des choses fausses ou imprécises. Et que donc (comme pour les autres sujets d’ailleurs), il peut/doit venir vous en parler. Et que vous lui direz la vérité.
Il va peut-être vous dire qu’il veut voir des images. Parce que ses copains en voient, eux.
Et là, c’est à vous de décider.
Les photos, pourquoi pas.
Vous pouvez trier et montrer des images sans blessés ni morts, mais qui permettront d’illustrer les notions abstraites. Et c’est toujours mieux de voir un immeuble partiellement détruit que d’imaginer des scènes d’apocalypse parfois directement inspirées par les jeux vidéo ou les monstres des livres.

A partir de 7 ans environ, les enfants commencent à raisonner, à réfléchir.

Ils construisent petit à petit leur représentation du bien et du mal.
Il peut être pertinent de venir sur le sujet et d’expliquer un peu ce qui se passe. Ce n’est pas parce que l’enfant ne pose pas de question, qu’il ne s’en pose pas à lui. Ou qu’il ne ressent pas les émotions et le contexte.

Marie-Noëlle Clément, psychiatre, explique « Un enfant peut ne poser aucune question parce qu’il est gêné, parce que cela l’angoisse ou parce qu’il a l’impression de ne pas avoir le droit d’en poser. Il peut aussi s’en désintéresser car il est concentré sur ses jouets, son univers, ce qui peut être une manière de se protéger. Mais ouvrir l’échange dédramatise. »

Vous allez pouvoir utiliser un globe terrestre (plus parlant qu’un planisphère) pour montrer où se passent les événements. Que c’est à la fois près, et que c’est pour cela que ça nous impacte. Et à la fois suffisamment loin pour que l’on soit en totale sécurité. N’hésitez pas à expliquer la différence avec les attentats, pour que les enfants ne mélangent pas les risques et ne se sentent pas menacés à l’école par exemple.
Et surtout, laissez-les parler.
Ecoutez-les.
Laissez-les libres d’être indifférents. Ou empathiques. Ou de pleurer. Ou de vous consoler.

Certains peuvent vouloir agir.
Préparez-vous à cette éventualité et en fonction de vos valeurs et possibilités, proposez. De participer à une collecte. D’aller faire une marche pour la paix. De faire des dessins pour envoyer aux enfants ukrainiens via une association. D’accueillir des réfugiés. Mais si vous proposez une action, allez au bout, faîtes-la. Et avec lui. Ce serait une trahison d’initier un début d’action et de ne pas y donner suite.
Et si vous ne voulez/pouvez rien faire de concret, expliquez le pourquoi. Votre enfant ne vous en voudra pas si vous lui dîtes clairement les choses.

Parler d’actualité avec ses enfants a plusieurs vertus.

Cela fait partie, bien sûr, de son éducation de citoyen. Et lui donne aussi l’occasion d’exercer une nouvelle capacité psychique.

« Vers 9-10 ans, l’enfant acquiert la capacité de changer de perspective émotionnelle. Il a la possibilité de se dire “même si cette situation ne me concerne pas, je peux m’imaginer à la place de l’autre”. Grâce à cette nouvelle capacité, il peut s’ouvrir à la complexité du monde. C’est un moment fondateur dans le développement de l’empathie. Commencer à parler de l’actualité aux enfants, va venir exercer cette nouvelle capacité psychique. »

Discuter en famille d’un tel événement permet aussi de confronter des points de vue, d’enrichir la culture et d’approfondir les valeurs de la famille.
Avec les plus grands, il existe aussi de nombreux supports d’informations spécialement conçus pour eux. A titre d’exemple, Mon Quotidien, journal d’infos pour les jeunes de 10 à 13 ans met actuellement à la une la vie de réfugiés ou Un jour, une actu a sorti « Ton numéro spécial sur la guerre en Ukraine » dont l’illustration de couverture est ci-dessus.

Afin de vous donner un maximum de choix, vous pouvez vous rendre sur le panorama des médias d’actualités jeunesse de l’académie de Versailles, mis à jour très récemment.

Et vous pouvez aussi venir à nos « café papote » ou à l’atelier « un enfant, comment ça marche » pour approfondir le sujet.

A très vite !